
STAGELAND
Uchronie philosophique sur l'art d'aujourd'hui et de demain, un rêve pour enterrer un cauchemar
STAGELAND, dans son architecture, prend en compte l'accueil des publics et le logement des artistes. Vous trouverez tous les types de théâtres, toutes les sortes de galeries. Certains murs sont prévus pour tagguer, presque toutes les allées sont conçues pour l'art de rue. Après des années de Révoltes Culturelles, nous vous devions bien ça.

"Je propose donc un théâtre où des images physiques violentes broient et hypnotisent la sensibilité du spectateur pris dans le théâtre comme dans un tourbillon de forces supérieures."
Antonin Artaud, le Théâtre et son Double
Nous avons vécu une pandémie. Eux ont eu plus de mal, et la misère de l'art a mené aux Révoltes Culturelles, des affrontements sanglants d'artistes anarchistes.
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Alice Peters est à la tête d'une double utopie : ArtWork, une entreprise d'investissement dans la Culture, et STAGELAND, le projet de construction d'un parc de l'art, une capitale pour tous et toutes les artistes de la planète, une tempête des cerveaux en béton à ciel ouvert.
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Mais voilà, en plein milieu du chantier, elle doit gérer l'incompréhension des ouvriers et le tempérament inconscient d'artistes qui n'en peuvent plus d'attendre. Alors qu'elle mène son paquebot d'une main de fer au milieu de la tempête, passant pour une insensible, plusieurs détails clochent pour le chef des ouvriers. Tandis qu'une danseuse mystérieuse vient déstabiliser Alice, les fondations du Bâtiment Artaud grondent et elle tente d'en dissimuler le secret, source de son angoisse.
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En tant que théâtreux, les écrits d'Antonin Artaud ont quelque chose de fascinant. Ils sont remplis de bêtises mais au milieu se niche des pépites de réflexions. C'est de la déformation légère d'un commentaire de ce monsieur sur le théâtre que part STAGELAND, ainsi que d'un réel fantasme de campus artistique. Les caractéristiques de la construction de ce lieu, ses spécificités, sont décrites dans la pièce en détails, parce que j'ai espoir que ce STAGELAND inspire un idéal malgré les craintes presque fantastiques qu'il dissimule.
Dans ce texte, l'ouvrier est caricatural mais le plus humain de tous, tandis que Darius, l'artiste qui se retrouvera à combattre Alice dans un combat presque trop épique à l'aide de la machinerie d'un théâtre, est un vrai méchant par essence, alimenté par de réels discours et de réelles positions défendues par certains artistes. Si l'on peut espérer qu'aucun n'osera franchir les limites de Darius Savano, le pouvoir monte à la tête et il suffit d'un inconscient.
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Texte en réflexion quant aux modalités d'édition.
Extrait
ACTE PREMIER - Naissance de l’Art
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PIERRE. Tout à fait. Et bien à côté ça ne va pas.
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ALICE. Le théâtre du petit pont ?
PIERRE. Oui, parce que c’est aussi un théâtre, et qu’il ne rivalise pas avec celui d’à côté.
ALICE. Oui, mais ce sont deux salles très différentes en termes de programmation.
PIERRE. Ça n’est pas le problème. Vous réfléchissez à l’effet sur votre public ? Vous ne vous rendez pas compte que ce genre de choix peut complètement ruiner les taux de fréquentation de vos salles. Je vais prendre un exemple plus simple. Vous voyez la galerie Favier un peu plus loin ?
ALICE. Oui.
PIERRE. Et bien je peux vous prédire qu’elle recevra plus de visite que tous vos théâtres réunis.
ALICE. N’exagérons rien…
PIERRE. Peut-être, mais vous voyez l’idée.
ALICE. Non, justement, je ne vois pas ce qui vous fait dire ça.
PIERRE. C’est la façade.
ALICE. La façade ? Quoi la façade ?
PIERRE. La galerie Favier est relativement simple en termes d’entrée. Un plain-pied, un hall vaste mais tout de même modeste, et une esthétique qui s'accorde avec l’architecture des cafés autour. Pas trop minimaliste et impersonnel, et pas non plus trop riche.
ALICE. Et donc ?
PIERRE. Et donc, vous n’imaginez pas à quel point les gens ont peur des marches, des frontons, des grands bâtiments comme vos théâtres. Vous sous-estimez le potentiel d’intimidation d’une salle de spectacle. Ces marches, ces grandes portes, ces forums où le public attend, il y a de quoi en décourager plus d’un. Avouez que pour une structure qui veut accueillir tout le monde, ça la fout mal.
ALICE. Peut-être, en effet… Mais le simple fait de rentrer dans Stageland pour aller chercher ses billets, c’est déjà s’affranchir de cette peur, si vous voulez mon avis.
PIERRE. Peur justifiée ! Vous leur donnez un aperçu du parc alors qu’ils se dirigent tous vers le Palais des Arts, entourés déjà par le Complexe Faustroll ou le Grand Théâtre alors qu’ils empruntent cette grande allée. Pour les habitués, c’est sûrement accueillant et enthousiasmant, mais les novices vont tourner les talons avant d'atteindre le centre du parc.
ALICE. Et qu’est-ce que vous me conseillez ?
PIERRE. … Et bien… Je trouve que ça serait plus en accord avec le cahier des charges de reléguer les structures les plus impressionnantes à l’arrière du parc, et de mettre des constructions plus accueillantes et les moins impressionnantes au premier plan, autour de la voie principale.
Silence. Alice réfléchit.
PIERRE. … Vous pensez que ça serait possible ?
ALICE. Vous foutrez complètement le marketing en l’air comme ça.

